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Comment la filière viticole va-t-elle se relever après cet épisode de gel ?

Ce qui était tant redouté est finalement arrivé en ce début avril : un fort épisode de gel a touché un grand nombre de régions viticoles européennes, avec des parcelles détruites à presque 100% dans certaines appellations. Un coup de massue pour la filière après une année désastreuse, notamment à cause de la crise du Covid.

Une catastrophe, le mot n’est pas exagéré. En France, quasiment aucune région n’a été épargnée, avec des températures descendant jusqu’à -9 dans le Var et dans le Vaucluse, départements généralement épargnés par ce phénomène de gelées. Tout a été mis en œuvre pour essayer de maintenir un minimum de chaleur au sein des parcelles : allumages de bougies, éoliennes et hélicoptères, feux de paille ou encore aspersion. Mais quand il s’agissait de gelées dites « noires » (masses d’air froid faisant descendre les températures sous les -7°), il n’y avait plus grand chose à faire pour tenter de sauver la récolte.

Nos voisins européens ont également été touchés, notamment dans les vignobles allemands, espagnols ou italiens. En Vénétie par exemple, on est passé en quelques heures de températures avoisinant les 25°C la journée à des températures négatives la nuit.

Épisodes de gel plus fréquent sur fond de réchauffement climatique.

Les températures anormalement clémentes de la fin mars ont accéléré la phase de débourrement de la vigne. Le bourgeon sortit, il devient vulnérable, et des températures négatives peuvent littéralement le « brûler ». C’est particulièrement problématique pour le cépage chardonnay qui est un cépage précoce. On le voit bien en champagne : ce sont les pieds de chardonnay ont le plus souffert, le pinot noir et le pinot meunier étant des cépages plus tardifs.

Pour en apprendre plus sur le champagne :

Guide complet sur l’AOC Champagne.

Et une chose est certaine : la fréquence de ces gelées s’accélère. Quand il y a quelques années on comptait 2 à 3 gelées de ce type par décennies, elles font désormais des ravages quasiment tous les ans. Sans oublier que ces épisodes durent en général jusqu’à la mi-Mai avec les Saintes-glaces, de quoi tendre toute la filière pour encore quelques semaines.

Quels sont les moyens mis en œuvre par les viticulteurs pour contrer cette vague de gel ?

Bourgeon de la vigne gelé, filière viticole touchée par la crise et le gel 2021. Comment y remédier

Malgré un combat titanesque, les viticulteurs disposent de plusieurs outils pour tenter de limiter les dégâts au sein du vignoble et essayer de maintenir leur rendement.

Les bougies antigel :

À disposer entre les rangs de vignes, le combustible est en général de la cire avec une autonomie de 8h. Ce sont ces bougies qui contribuent aux paysages fascinants et bouleversants que l’on découvre ces nuits de gelées, quand des milliers d’entre-elles brûlent dans le vignoble à perte de vue. Mais installer ce dispositif a un coût conséquent : il faut compter entre 250 et 400 bougies par hectare, pour un prix avoisinant les 10 EUR HT à l’unité.

Les éoliennes et les hélicoptères :

Dans ces deux cas, il s’agit de brasser l’air plus chaud situé au-dessus des vignes et de le diriger vers le sol afin d’augmenter la température au niveau des ceps. En ce qui concerne l’hélicoptère, là-aussi ce système est très coûteux et est générateur de nuisances, notamment sonores. En effet, il n’est pas rare d’entendre des riverains se plaindre d’un hélicoptère volant à basse altitude à 5h du matin…

L’aspersion :

Une technique qui peut paraître paradoxale car il s’agit d’asperger les pieds de vigne pour que les bourgeons soient emprisonnés dans une poche de glace : l’eau à l’intérieur de cette poche ne gèle pas et le bourgeon se retrouve protégé. Néanmoins beaucoup de viticulteurs s’accordent pour dire que cette technique nécessite énormément d’eau et représente un coût écologique important.

Solutions à long terme : comment s’adapter face aux épisodes de gelées ?

Des expérimentations sont en cours pour trouver des solutions pérennes face à l’accentuation de ce phénomène. Une solution serait d’adapter la taille de la vigne pour une taille haute, c’est-à-dire éloigner les bourgeons du sol pour gagner en température. Les premiers essais effectués en Bourgogne furent très prometteurs.

Une autre piste : adapter le calendrier de la taille de la vigne. Selon les résultats d’une étude menée par SupAgro Montpellier, une taille plus tardive des ceps, même après débourrement, ralentirait l’apparition de certains bourgeons et permettrait de limiter les dégâts en cas de forte gelée.

Assurances ? Aides publiques ? Quelles solutions pour aider la profession face aux dégâts causés par le gel ?

Au niveau des assurances, la situation est problématique : seuls 30% des vignerons sont assurés face aux aléas climatiques. Le prix de ce genre d’assurance est dissuasif : compter par exemple autour des 15 000 EUR pour 25 hectares pour un viticulteur dans le Mâconnais.

D’où l’importance d’une aide publique pour soutenir les vignerons après ce cataclysme. Une première réunion entre les représentants de la filière et l’État a lieu. Des demandes concrètes sont sur la table, comme la prise en compte d’une année blanche concernant les cotisations sociales ou encore le report des annuités bancaires.

Un élément positif est quand même à relever : la solidarité que l’on observe entre les vignerons et le véritable système d’entraide qui s’est mis en place. Mais cela ne suffira malheureusement pas car à l’avenir, ces épisodes de gel vont s’intensifier et il est absolument vital que des mesures pérennes soient prises, autant sur le plan technique que politique et administratif, afin de favoriser une véritable durabilité de la viticulture et éviter une catastrophe sociale et économique.

Pour en apprendre plus sur le champagne, regardez ces 3 vidéos de formation gratuite.

M.C.

Photo d’illustration :© Domaine Pierre Morey (Meursault)

Pierre Leriche

Pierre Leriche

Créateur de Wine Business Formation

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